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Entreprendre avec saveur ! Entretien avec Anaëlle Verney, fondatrice de Cuistot du coin

On connaissait le covoiturage avec des plateformes web comme Blablacar.  » Et pourquoi pas le cocooking ? » C’est la question que se sont posés Anaëlle Verney et son conjoint Romain, les fondateurs de la start-up Cuistot du Coin, basée à Brest dans le Finistère. Interview gourmande d’une exploratrice qui a décidé de donner une jolie pointe de piment à sa vie « d’avant » !

Anaëlle, vous êtes la cofondatrice de Cuistot du coin. En quoi consiste votre activité ?

Cuistot du Coin propose des ateliers de cuisine de particulier à particulier. Il s’agit d’une plateforme web de mise en relation entre des amateurs de cuisine éclairés et passionnés soucieux de transmettre leur savoir-faire et des particuliers désireux d’apprendre à cuisiner dans une ambiance chaleureuse.

Notre activité se définit comme du co-cooking, sur le même principe que le co-voiturage. Des particuliers proposent des ateliers de cuisine à leur domicile pour partager leur passion, transmettre leurs recettes et échanger autour d’un bon repas en toute convivialité. Les participants, appelés les Gourmets, peuvent ainsi se plonger dans l’univers culinaires des Cuistots amateurs et cuisiner « comme à la maison ».

 

 

Comment est venue l’idée de ce projet ?

L’idée de ce projet nous est venue à moi et mon conjoint suite à un voyage au long cours que nous avons réalisé en 2015. Nous sommes partis 10 mois à la rencontre d’agriculteurs et de cuisiniers en Asie, Océanie et Amérique du Sud dans le cadre de l’association La Fourchette Voyageuse. Notre objectif était de partager le quotidien des habitants pour s’enrichir de leurs pratiques agricoles et culinaires. Agronome de formation, je souhaitais en effet élargir mes horizons et découvrir de nouveaux modes de production. Mon compagnon était quant à lui passionné de cuisine.

Au rythme du voyage, nous avons eu accès à un condensé d’informations et de ressources. Mais nous avons surtout beaucoup appris sur nous-même. Nous nous sommes aussi assez vite rendus compte que la préparation des repas et le partage en cuisine avec les familles qui nous hébergeaient étaient nos temps forts du voyage.

A notre retour en Bretagne, nous avons souhaité retrouver ces moments de convivialité et d’échange. Mais comment trouver ces personnes ressources qui pourraient nous transmettre leurs astuces en cuisine ? Et peut-être n’étions-nous pas les seuls à les chercher ?! Voilà comment le concept de Cuistot du Coin nous est apparu !

 

Avant de partir ainsi avec vos sacs à dos, vous viviez sur Rennes. A quoi ressemblait votre « vie d’avant » ? Comment vous est venu le déclic de « changer de vie » ?

Notre « vie d’avant » était très « rangée », trop « rangée » ! Une maison en loc’ sympa, un CDI, des amis et la famille pas loin. Nous participions aussi à de nombreuses activités sportives et culturelles. Amoureux de la nature, nous aimions beaucoup (et aimons toujours) partir randonner le long des chemins côtiers.

En début d’année 2014, après 3 années de salariat, nous nous posions déjà pas mal de questions sur notre vie professionnelle et nos évolutions possibles, d’autant plus pour moi car je souffre d’un important problème de vue qui ne va pas en s’améliorant et qui limite ma mobilité. Sans vraiment trouver de réponses satisfaisantes, nous nous sommes lancés le défi fou de partir avec nos sacs à dos pour plusieurs mois. On a commencé à cogiter, on s’est pris au jeu et nous avons construit notre tour du monde !

Réaliser ce tour du monde signifiait démissionner et renoncer à notre stabilité. C’est sans doute la décision la plus dure que nous avons prise mais paradoxalement la plus évidente ! Nous avions réellement envie de partir à la rencontre de nouvelles cultures et de s’ouvrir au monde. Nous voulions aussi partir « léger », c’est-à-dire sans penser que nous allions voguer par exemple en Inde pour aider les gens à construire une école. Car après tout, pourquoi serions-nous les mieux placés pour leur montrer comment construire un mur ? Alors qu’en fait, c’est au voyageur de s’ouvrir aux autres, de s’adapter et d’apprendre. Dans cet état d’esprit, nous avons cherché la forme de voyage qui nous correspondrait le mieux. Sauter de sites touristiques en sites touristiques n’était clairement pas pour nous. Ce qui nous animait vraiment, c’était de pouvoir sortir des sentiers battus et de tracer notre propre route. Cette route, nous avons choisi de la dessiner à la croisée des chemins agricoles et culinaires.

 

 

De retour en France après votre périple de 10 mois, vous décidez de poser vos valises en menant votre projet d’entreprise au « Bout du monde », à Brest. Pourquoi ce choix ?

Voyager, c’est savoir quand on part mais jamais quand on revient. Rien n’était gagné et nous nous sommes à plusieurs reprises demandés si nous n’allions pas poser nos bagages à l’étranger pour y vivre quelques années. à mi-chemin, après avoir vécu de si riches journées, tant sur les plans intellectuels qu’émotionnels, nous avons pris la décision de mener à bien notre voyage au long cours et de rentrer dans le Finistère, à Brest, notre ville natale, notre port d’attache !

À notre retour en Bretagne et après avoir goûté à autant de liberté, nous avons tout de même dû « poser nos sacs » et retrouver un emploi. Mais les graines de l’autonomie et de l’indépendance étaient déjà en nous et nous avions à cœur de nous lancer dans l’entreprenariat.

 

Pour vous, c’est quoi « être entrepreneur » ? Qu’est-ce qui vous a attirés, votre compagnon et vous-même, vers l’envie de créer votre activité ?

Je dirais qu’entreprendre c’est avant tout être maître de ses choix professionnels et personnels. C’est pouvoir définir les grandes orientations de son projet et y apporter sa touche personnelle. C’est aussi consacrer de l’énergie pour des valeurs qui nous touchent personnellement et qui nous animent au quotidien.

 

Quelles ont été les réactions de vos proches face à ce grand virage ?

Réaliser un tour du monde ou créer sa start-up, c’est un peu comme les montagnes russes. On passe par tous les stades, de la joie extrême à l’émotion, sans oublier les doutes et les angoisses qui nous rongent. Ce sont des étapes dans nos vies que nous avons franchies et que nous devons en grande partie aux proches qui nous ont soutenus. Nous avons eu la chance d’être écoutés par notre famille (parents et fratrie) et même si certaines de nos décisions les effrayaient encore plus que nous-mêmes, ils ont toujours trouvé les mots qui nous rassuraient et nous motivaient. Des amis se sont aussi révélés à nous lors de certains moments-clés. Ils sont aujourd’hui nos piliers et nos confidents. Sans eux l’aventure n’aurait pas la même saveur !

« Nous pensons en effet que le talent culinaire est partout et qu’il faut le mettre en lumière lors d’ateliers chaleureux. Notre objectif est de redonner du sens aux repas et de placer le partage au cœur de nos assiettes. »

 

Vos valeurs d’authenticité semblent transparaître dans l’activité de Cuistot du Coin…

Le concept de Cuistot du Coin repose sur 2 valeurs clés : l’authenticité et la convivialité.
Nous souhaitons plus que tout, et au-delà de la technique, vivre des moments chaleureux en cuisine et les rendre accessibles à tous. Nous pensons en effet que le talent culinaire est partout et qu’il faut le mettre en lumière lors d’ateliers chaleureux. Notre objectif est de redonner du sens aux repas et de placer le partage au cœur de nos assiettes.

Quel est votre modèle économique ?

Notre modèle économique repose sur un système de commission. Le Cuistot définit un prix par participant, qui lui permet d’asseoir les frais liés à son atelier. Nous prélevons une commission à hauteur de 15 % sur la recette financière totale de l’atelier.

Par la suite, nous souhaitons conforter notre modèle économique par de l’affiliation auprès de cuisinistes, équipementiers, professionnels de l’hébergement et du tourisme.

 

 

À la suite de cette expérience, depuis septembre dernier vous avez donc choisi de travailler tous les deux à temps plein sur ce projet. Que s’est-il passé durant ces six deniers mois ?

Suite au start-up week-end de Brest, nous avons pu suivre l’accélérateur Ouest startups et ainsi être accompagnés sur les aspects économiques, financiers, juridiques et commerciaux de notre concept d’ateliers de cuisine entre particuliers. Nous suivions ces formations en parallèle de nos emplois.

Ce n’est que depuis septembre 2016 que nous travaillons à plein temps sur Cuistot du Coin. En six mois, nous avons mis en ligne une première version de la plateforme web, nous avons animé plusieurs ateliers de cuisine sur Brest et ses alentours. Nous avons aussi et surtout fait de belles rencontres, qu’il s’agisse de Cuistots ou de Gourmets mais aussi de partenaires et d’acteurs du milieu des startups.

Début 2017, nous avons réussi à diversifier notre palette d’ateliers de cuisine et souhaitons créer des événements publics au fil des saisons pour mieux communiquer. Nous nous développons à notre rythme, peut-être encore trop lentement mais nous mettons un point d’honneur à accompagner au mieux nos Cuistots et à être à l’écoute de nos Gourmets.

 

Comment avez-vous procédé pour faire connaître Cuistot du coin ?

La communication est clairement notre talon d’Achille. Pas simple d’être un petit poisson au milieu d’un océan rempli de requins. Nous nous débrouillons avec les moyens du bord pour faire connaître notre concept : réseaux sociaux, presse locale, émissions de radio. Nous espérons très prochainement pouvoir accueillir un stagiaire qui nous portera main forte sur les aspects communication et marketing.

 

Vous êtes donc deux porteurs de projet. Comment répartissez-vous les rôles ? Ça fait quoi d’entreprendre en étant un couple ?

Je travaille avec mon conjoint. Nous qui nous étions pourtant dit que mélanger travail et vie perso ne faisait pas bon ménage… Mais notre force réside dans le fait que nous partageons les mêmes valeurs et que nous nous connaissons très bien. Nous savons anticiper les réactions de l’un comme de l’autre, nous connaissons nos méthodes de travail et jouons le plus possible la carte de la complémentarité. Ainsi, nous nous répartissons les tâches de travail en toute confiance et savons rester vigilants sur certains aspects de nos personnalités. Je suis par exemple assez perfectionniste et Romain sait me dire quand je passe trop de temps sur quelque chose. Quant à lui, sa mémoire lui joue parfois des tours et je sais lui rappeler des dates ou travaux à venir.

 

Quels partenariats avez-vous tissés depuis le lancement de votre projet ?

Nous souhaitons renforcer notre équipe en tissant un réseau avec des partenaires locaux.

Nous avons rencontré les fondatrices de Rosalie Life qui diffusent nos ateliers au sein de leur réseau. Nous pouvons en contrepartie communiquer sur les rencontres qu’elles proposent auprès de nos Cuistots et Gourmets. Nous allons créer un atelier de cuisine public inédit avec les fondateurs de Penn Ar Box. Tout en invitant les brestois à réaliser leurs crêpes au billig dans un restaurant à Brest, ils pourront présenter les produits bretons qui constituent leur box du mois !

Nous avons enfin mis en place des partenariats avec le cuisiniste Arthur Bonnet qui souhaite faire vivre son magasin et abriter certains de nos ateliers. Nous pouvons ainsi inviter les Cuistots qui souhaitent animer un atelier mais ne peuvent pas le faire chez eux à investir les cuisines du magasin !

La société The Corner nous permet aussi d’animer des ateliers dans leur cuisine de « La Grande M4ison ». Ce lieu est dédié aux jeunes entrepreneurs et nous sommes très heureux de faire partie de l’aventure ! L’inauguration de leur cuisine se fera le soir de la St Valentin où nous proposons une soirée « anti-clichés » ouverte aux couples mais aussi aux célibataires avec de nombreux défis culinaires !

 

Quels sont vos objectifs à long terme ?

En 2017, nous avons souhaité étendre nos ateliers dans le Finistère et agrandir notre communauté de Cuistots et de Gourmets. Nous aimerions nous appuyer sur des ambassadeurs de notre concept pour développer des ateliers dans les autres départements bretons. Nous prévoyons aussi de créer un blog pour illustrer nos ateliers et les recettes fétiches de nos Cuistots !

A terme, pour vivre de ce concept, la viralité doit opérer et nous devons compter sur des ateliers à l’échelle de la France.

Si l’aventure se poursuit et parce que notre tête fourmille d’idées, nous aimerions beaucoup élargir ce concept de partage de savoir-faire entre particuliers à d’autres domaines comme le jardinage et la culture de ses propres aliments en mutualisant les lopins de terre !

 

Des besoins, des envies à nous partager ?

Commençons par de chaleureux moments en cuisine !

Nous avons besoin de conseils en communication : Comment gagner en efficacité ? Comment diffuser plus largement notre concept ?

 

Pour découvrir Cuistot du coin :

www.cuistotducoin.com
+ Facebook, Twitter et Instagram
06 79 59 88 48
contact@cuistotducoin.com ou encore anaelle@cuistotducoin.com