D

D’autres écoles – Montessori à Brest.

A propos

Ouvre-moi ta porte, blog d’idées positives, de réflexions sur notre monde. Histoires de gens ordinaires qui font leur part pour construire un monde plus durable, plus résilient, plus chaleureux. Portraits, reportage, chroniques de lecture et de films.

 

Virginie Le Gall – Julie Lefèvre

 

Identité visuelle : Marion Lemonnier

 

Partagez cet article

On peut retenir une chose du parcours de Myriam Lapalus, c’est qu’elle se sent bien partout. A 20 ans, elle prend le large : exit la fac parisienne, direction Copenhague. Fille de comédiens, femme de lettres et de voyages, elle pense d’abord être destinée à la culture. Mais la culture la mène à l’éducation. Et de l’une à l’autre, il n’y a qu’un pas. Elle vit aujourd’hui à Brest où elle se consacre à l’ouverture d’une classe Montessori. Un nom qui suscite autant d’espoirs que de questions.

 

« Les voyages forment la jeunesse ». La formule a dû être inventée pour Myriam. Quand, à 21 ans, elle part en immersion dans une école Steiner, elle se retrouve entre Brighton et Londres, plongée dans un univers à la Ken Loach. Hébergée dans un petit bungalow, elle accompagne des pré-adolescents dans leur vie quotidienne. La particularité de ces enfants ? Des traumatismes qui les éloignent du système ordinaire et qui requièrent une attention particulière. La particularité de cette pédagogie ? L’idée que les capacités sociales, manuelles ou artistiques ont autant d’importance que les capacités intellectuelles.

Rudolf Steiner, à l’origine de cette pédagogie dite « nouvelle » (courant qui date de l’après première guerre mondiale) est aussi le fondateur de la pensée anthroposophique. Une invitation à l’introspection pour mieux se connaître et appréhender le monde.

 

Quelques années plus tard, alors qu’elle étudie à la Goldsmiths University de Londres, Myriam finance ses études grâce à un emploi d’assistante à l’école Montessori. Son approche, sa façon d’observer l’enfant retient l’attention des enseignants/éducateurs qui l’encouragent à se former. Ce qu’elle fait au centre de formation de Londres.

De toutes ces expériences, Myriam apprend beaucoup sur l’enfant. A Pékin, où elle contribue à l’ouverture d’une classe Montessori, elle approfondit la notion de communauté éducative et cultive la relation avec les parents. Une dimension qui lui semble aujourd’hui essentielle au développement de l’enfant et qui suppose un réel travail en équipe. Avec ses collègues, elle se forme également à la communication non-violente, à la discipline positive et au développement émotionnel.

 

Montessori à Brest

Depuis Pékin, Myriam envisage son retour en France. « Brest ça me plaisait bien, et il n’y avait pas d’école Montessori ». C’est vrai… Il y a pourtant, à Brest, un intérêt grandissant pour les pédagogies dites « alternatives ». En voici quelques signes : des expérimentations en milieu ordinaire (école publique de Kerhallet), une classe multi-âges Montessori (école Notre Dame de Lourdes à Bohars), une école (publique) Freinet qui ne satisfait que ceux qui y accèdent (les listes d’attente sont longues !), le théâtre du Quartz qui affiche complet lors de la présentation par Céline Alvarez de son livre Les lois naturelles de l’enfant.

L’école Montessori de Brest est donc sur les rails. Co-fondée par Myriam Lapalus (responsabilité éducative et pédagogique) et Marc-André Rainon (responsabilité administrative), elle ouvrira en septembre 2019 une classe multi-âges pour les enfants de 3 à 6 ans. Dans cette école, dont les locaux seront situés au centre-ville de Brest, l’équipe éducative sera constituée de professionnels formés (éducateurs jeunes enfants, instituteurs formés à la pédagogie Montessori). Adossée à l’école, une micro-crèche s’inscrira dans la même mouvance éducative, sous la responsabilité d’Aucéane Morvan.

L’alternative, toujours propice à controverse

Certains ne voient dans la pédagogie Montessori qu’un phénomène de mode (bobo, bien sûr). D’autres, comme Didier Pleux, docteur en psychologie du développement et spécialiste de la thérapie comportementale, la réduisent à une pédagogie du laisser-faire (Le complexe de Thétis). D’autres encore en font un prétexte marketing (applications pour tablette, matériel Montessori…). Bref, Maria Montessori a les oreilles qui sifflent.

Elles sifflent d’autant plus que ses découvertes sont aujourd’hui corroborées par les neurosciences, qui elles, font parler le cerveau de nos enfants : « La flexibilité et la malléabilité du cerveau de l’enfant font que ce dernier se construit en grande partie des expériences vécues dans son environnement (Le fameux “esprit absorbant” de Maria Montessori). Le mouvement, les sens, les interactions humaines et l’intérêt deviennent ainsi le terreau des apprentissages. Le développement du cerveau est non-linéaire, ponctué de «périodes sensibles» qui favorisent, à certains moments, certains apprentissages, si les enfants sont observés avec intérêt. »

Le développement du cerveau est non-linéaire, ponctué de «périodes sensibles» qui favorisent, à certains moments, certains apprentissages, si les enfants sont observés avec intérêt

Myriam refuse les dogmes et accepte la controverse. Consciente des dérives possibles, elle en souligne deux. Celle des équipes professionnelles qui, obnubilées par le matériel, en oublient l’observation de l’enfant. Et celle de l’ouverture d’écoles alternatives à tout va qui surfent sur la vague d’un laisser-faire de l’enfant, invoquant la pédagogie Montessori sans y être formé. « On ne fait pas n’importe quoi avec la liberté » dit-elle. Des propos qui sont aussi ceux de Céline Alvarez : « la nécessité du cadre structuré et structurant qui apporte suffisamment de sécurité à l’enfant pour qu’il puisse se développer. »

 

L’école de l’esprit critique et de la relation à l’autre

Pour qui n’a pas peur d’explorer les controverses, l’esprit critique est un outil formidable. Selon Myriam, dans une classe Montessori, il s’acquiert notamment grâce à la liberté : la liberté de choix, la liberté de s’exprimer dans la classe (liberté d’interagir avec les autres et de communiquer son opinion) mais aussi la liberté d’explorer le matériel (donc de développer sa créativité, son imagination…). C’est aussi, ajoute-t-elle, la notion de contrôle de l’erreur (inhérente au matériel) qui aide l’enfant à voir son erreur, à l’évaluer et à changer sa stratégie (développement donc de la flexibilité cognitive, de la capacité à résoudre un problème). L’attention portée à l’idée de respect (de soi-même, des autres, de son environnement), permet enfin de développer l’écoute et l’empathie, deux qualités essentielles à qui veut trouver sa place auprès des autres et être capable d’argumenter ses pensées.

 

Pour aller plus loin :

 

Categories
Julie Lefèvre